Elle n'avait que 11 ans et elle désirait que les agressions cessent.
Elle est la raison principale qui me motive depuis à faire quelque chose pour prévenir les agressions sexuelles.
C'était vers les années 95. J'étais tout frais sorti de l'université et psychologue de son école primaire.
Sa professeure me l'a référée parce qu'elle croyait son histoire et voulait que ça cesse.
La petite, appelons-la Mandy, était jumelle identique avec Sandy qui elle, n'était pas agressée, supposément.
Le courage d'une petite fille blesséeTout en se tortillant de malaise sur sa chaise, et avec beaucoup de difficulté, Mandy me raconta que son beau-père avait l'habitude de dire à Sandy d'aller dans sa chambre et ensuite de l'agresser elle dans le salon, lorsque sa mère n'était pas là.
J'ai tout de suite cru cette enfant qui ne demandait que de vivre une vie normale d'enfant.
Je l'ai convaincu que je devais appeler un autre professionnelle (la protection de la jeunesse) et qu'elle devrait raconter son histoire à nouveau à quelqu'un d'autre afin que les agressions cessent.
Elle ne voulait pas que je fasse ce téléphone, mais elle voulait que les agressions cessent alors elle a finalement acceptée.
La lenteur d'un système débordéJe savais que le travailleur social de la DPJ (direction de la protection de la jeunesse) ne rencontrerait pas Mandy avant au moins quelques semaines. Ces gens sont vraiment débordés de cas de maltraitance d'enfants et, malheureusement, les cas d'agressions sexuelles ne sont pas jugés prioritaires car la vie de l'enfant n'est pas en danger, surtout lorsque les agressions ne sont pas violentes...
Ça, c'est une autre histoire...
Bref, jeune psychologue voulant changer le monde, je désirais "protéger" cette petite fille de son beau-père, en attendant que le travailleur social puisse la rencontrer et faire son enquête auprès de la famille.
Mon idée "géniale"J'eu l'idée de rencontrer la mère de la petite. Je me suis dit qu'idéalement la mère me croirait et mettrait elle-même cet homme à la porte ou, de façon plus réaliste, qu'elle ne me croirait pas vraiment mais garderait tout de même un oeil sur "son homme", juste au cas.
Je sais, c'était naïf, mais je ne voulais pas laisser Mandy se faire agresser je ne sais combien de fois en attendant que les choses changent.
J'ai ensuite réfléchi à comment je pourrais faire pour convaincre la mère que son mari agressait sa fille. Pas facile à accepter, surtout venant d'un inconnu, moi!
C'est alors que j'ai pensé que si sa propre fille lui racontait ce qu'elle vivait, la mère aurait plus de chance d'être touchée et de réagir.
J'ai donc convoqué la mère et demandé à Mandy de lui raconter ce qu'elle m'avait raconté.
La froideur d'une mère qui ne veut pas croire l'impensableEncore une fois, le témoignage de Mandy était troublant, crève-coeur, mais la mère, que j'observais du coin de l'oeil, restait froide et distante. Je sentais déjà que "mon plan" ne fonctionnait pas, vraiment pas.
Une fois l'histoire de la petite terminée, la mère nia tout en disant que c'était impossible car son mari était impuissant...
Déjà je regrettais "mon plan" car Mandy venait d'entendre que sa mère ne la croyait pas!
Je ne sais pas pourquoi la mère en ajouta, probablement pour se convaincre elle-même que "son homme" ne pouvait pas agresser sa fille, mais elle en ajouta.
Ses paroles sont encore gravées dans ma mémoire comme si elles avaient été prononcées hier.
La mère regarda sa fille puis me dit en me fixant dans les yeux : "Si mon mari avait à agresser quelqu'un, il ne choisirait pas Mandy, mais plutôt Sandy qui est beaucoup plus souriante et sociale que Mandy".
Puis elle termina en lançant que Mandy disait ces choses horribles juste pour qu'elle laisse son mari et revienne avec son vrai père.
J'étais scié!
Le mal était faitJ'aurais voulu prendre Mandy dans mes bras et lui dire que moi je la croyais. J'aurais voulu effacer de sa mémoire ce que sa mère venait de dire.
La petite venait non seulement d'entendre que sa mère ne la croyait pas, mais encore pire, qu'elle n'était pas assez bonne pour être agressée!!!!!
Suite à cette rencontre, la mère a refusé que je revois sa fille, prétextant que je lui mettais ces choses dans la tête.
L'arrivée du travailleur social2-3 semaines plus tard, le travailleur social arriva à l'école et rencontra Mandy.
Le dossier fut ouvert et fermé dans la même avant-midi.
Lorsque le travailleur social demanda à Mandy de lui dire ce qui se passait avec son beau-père, Mandy répondit comme sa mère. "J'ai tout inventé, il ne s'est rien passé".
Et Mandy retourna chez elle et je n'y pouvais plus rien...
En retournant chez elle vaincue et ça le beau-père le savait bien, soyez certain qu'il en a profité!
Je l'entends presque dire à Mandy qu'elle doit maintenant payer pour ce qu'elle a fait, qu'elle doit se faire pardonner pour ce qu'elle a dit et que si l'envie lui prend de parler à nouveau, personne ne la croira de toute façon!
Pour que ça changePour cette histoire et les milliers d'autres du même genre chaque année, il faut agir!
Si quelqu'un avait enseigné à Mandy que ce que son beau-père lui demandait de faire ne se demandait pas à des enfants et si le beau-père avait su que la petite savait, croyez-vous vraiment qu'il aurait tenté d'agresser Mandy, au risque qu'elle le dénonce?
Si la mère de Mandy avait connu les statistiques sur les agressions sexuelles, si elle avait su que
majoritairement les agresseurs sont des personnes proches de leurs victimes, croyez-vous qu'elle aurait eu plus de chances de croire sa fille?
Et si elle l'avait cru, Mandy aurait pu vivre sans agression et découvrir une mère qui croyait en elle.
Voilà pourquoi j'ai écrit les guides de grandir en sécurité, en collaboration avec une intervenante en petite enfance.
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